10.31.2015

Haïku de route-83/ Just a Piece of Water










Un univers. Une chanson parfois qui vient et qui reste. Les chemins sont des pontons de bois. Ils coulent. Ma mère, son pantalon court, en jeans, un t-shirt et le bandana à tête de mort regarde et me regarde. Une chanson que je ne connais pas, que je n'ai pas encore entendue et qui raconte là si bien. Je rejoins ma mère. Je ne m'assieds pas à côté d'elle. Ca aurait pu être joli. C'est aussi joli de se lever ensemble et de marcher sur les pontons de bois avec les tâches rouges qui poussent entre le vert et retourner vers la voiture et peut-être le serpent. La vie vitale. Ce qui dure et ce qui meurt et ce qui s'adapte. LA encore, la pompeuse, la ravagée, la soiffarde. Le lac devait être condamnée à se tarir après que le compté des Anges a détourné le cours de quatre des sept rivières qui le nourrissait. Encore et encore. Les eaux de Californie pour la ville plate, pour l'étendue du diabète et des piscines privées. Le Sel aspiré des rivières qui salifie Mono, la taxe bleue. On longe le lac puis on lui tourne le dos. La Ford nous attend. La sieste de maman aussi. Il va être temps pour moi de faire un tour sur la Main street de Lee Vinning.


Je n'essaie pas la radio. C'est court pour rentrer. On est tous les deux contents. Les Hollandais avaient raison. Une journée arrêtée. Je n'ai pas faim. Je sais qu'on a déjà manger. Mais j'ai toujours faim en voyage. Ma mère est égale. Elle a trouvé l'équilibre. Moi je suis adapté par les choses. Je suis battu par les choses. J'y oscille. Je suis une goutte d'eau. Ce n'est pas moi qui me transforme, c'est moi qui suis transformé. Ma mère, elle, elle est. Pareille. Les joies. Les peines. Elle les vit dans un rythme construit, organisé. Moi, je ne sais pas tenir. Je ne sais pas durer. Je ne sais pas répéter un même. Je suis tendu. Même mes détentes sont tendues. Je n'ai pas allumé la radio. Je marcherai dans la Main street et je me ferai mes propres musiques où j'y mettrai mes propres paroles. On passe la station service et on tourne à droite. On se parque devant notre chambre. Je pourrais aller voir la fille de la réception. Mais rien n'a changé. Je m'en fous. J'ai besoin de voir, de faire, de marcher. Ma mère se réjouit du lit. Il est super confortable.


J'ai le sel dans la bouche. Je mets mon veston. J'ai un peu soif. J'ai soif. J'allume une cigarette sur le pas de la porte. Ma mère s'est posée. Je n'ai pas trouvé de Lucky Strike. J'ai toujours pensé que ça faisait si américain Lucky Strike. Je me voyais les fumer, les laisser pendre aux lèvres, être un cliché. Mais je dois me contenter de Camel. C'est pas la même chose. ce n'est pas que c'est pas le même tabac, le tabac a disparu des cigarettes, ce n'est pas la même chimie, les Camel ne laisse pas le même métal dans la bouche le lendemain d'une soirée torraillée. C'est un autre métal. L'après-midi est lancé et figé. La ville traîne, semble traîner. Peut-être que les gens célèbrent encore les guerres en famille. Peut-être qu'ils tous foutu le camp, par le col, dans la montagne. Peut-être que les choses ne sont pas si importantes. Des gouttes d'eau qui se balancent et oscillent dans les variations de chaleur ou les dénivellation de la vie. Peut-être qu'il suffit juste d'être conscient de ça et fumer une clope pour l'éternité sur le pas de la porte que l'on referme doucement pour ne pas déranger les mères qui font la sieste et les pères qui sont déjà morts.























Haïku de route-82/ Ignorance



























Je ne sais pas exactement ce qu'elle regarde. C'est joli avec tout le vert autour. derrière ses lunettes de soleil elle semble regarder dans ma direction. Je ne connais pas le nom de certains oiseaux que je vois. Des petits échassiers au bec long et fin. Je me rends compte que je ne connais pas vraiment le nom des choses qui m'entourent en général. Les plantes. Les oiseaux. Les arbres. Les pierres. Ma mère en sait plus. Ma grand-mère en savait beaucoup. je me rends compte que je ne sait pas comment fonctionne une voiture, l'i-pad que j'utilise, le système électrique de la maison où je vis. Je ne sais pas comment on construit les routes sur lesquelles on a roulé. Je ne connais pas les lois de cet Etat, ni les lois du pays dans lequel je vis. Je ne connais pas les droits du travailleurs. Je ne sais pas remplir une feuille d'impôt. Je ne sais pas comment fonctionne mon téléphone qui de toute manière n'a pas de réseau ici, en Californie ou alors je suis incapable de le trouver. Je regarde cet oiseau qui cherche des larves de mouches. Je ne sais quasiment rien et pourtant j'ai 35 ans et j'ai réussi à vivre jusque là. J'ai réussi à gagner de quoi payer mes toits et ma bouffe et ma booze et ma beus et mes clopes et mon papiers et mes stylos et ma caméra. C'est hallucinant.


Son bec remonte au bout vers le ciel. Probablement pour râcler les fonds de vase. Les mouettes ça je connais. Mais ce n'est pas la grande saison. 85% de la population californienne de ces oiseaux viennent se reproduire ici. Des dizaines de familles d'oiseaux viennent chercher et créer la vie dans ce lac mort. Je contourne un nouvel amas grouillant de larves. Je vois d'autres visages sur d'autres tufa. Je m'éloigne encore. Je saute les pierres entre les eaux, comme sur les quais quand j'étais gamin, le plus vite possible sous le regard de mes parents comme pleins d'autres gamins sous le regard attendri des parents ou le regard absent de parents regardant ailleurs, nous sautions d'une pierre à l'autre, le plus vite possible. On n'avait pas le droit de tomber. On se serait fendu la tête sur les arêtes. Ce lac a environ 700'000 ans. Les concrétions, 13'000. Nous n'avions même pas encore décidé de nous arrêter pour cultiver la terre. Je touche tout ce que je peux toucher. Je mets un peu d'eau sur mon front. J'aimerais en boire un peu, mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée.


J'ai toujours envie d'aller plus loin. Mais je me dis toujours qu'il y a quelqu'un qui ne veut pas que j'y aille. On dira que c'est simple. Et que c'est facile. Jeter des pierres et se défiler. Je reviens sur mes pas, ma mère doit s'ennuyer un peu. Je vais oublier de ramener une pierre au petit. Un caillou des origines ça aurait été joli. Mais je me sens vraiment loin de tout ici. Il y a 5 jours, nous étions à LA. Hier dans le désert. Ici la mort salée et la porte des montagnes. Peut-être que demain nous aurons les pieds dans la neige. Tout va vite. Tout change vite. Mais ici, dans ce vaste, les choses s'éteignent un peu. J'aimerais avoir 700'000 ans. Ce n'est pas l'immortalité qui m'intéresse, surtout pas. Ou alors comme une pierre, pas comme un humain. J'aimerais être une étendue d'eau. Si je pouvais me réincarner en ce que je voudrais, ce serait en étendue d'eau. Ou plutôt en goutte d'eau. J'aimerais couler, stagner et couler et m'évaporer, flotter, voler, geler, tomber et m'échouer pour couler et couler encore. Je retourne sur le sec, sur le dur, je marche entre les herbes, je suis le chemin. Il y a un morceau de métal rouillé. Nous ne sommes pas fait pour durer. nous ne savons pas faire des choses qui durent. Tout ce que nous savons faire, c'est du feu et brûler le monde.









































10.30.2015

C'est toujours comme ça






























Un monde.
Tout ce qui est plannifié manque d'ambition, s'adapter au hasard,
voilà tous nos demains.


J'ai tellement d'histoire à raconter. Des coupes-gorges. Des rues. Des bars. Mes amis.
Ma chair.

C'est dingue de vivre ici et maintenant et de lutter pour des choses si basses. C'est dingue de négocier le pain alors qu'il y avait la joie.

Alors qu'elle est là. Juste là.

J'écoute du Reggae. Israel Vibration.
Je les ai vu en concert. Quand la lutte était évidente. Evidente parce qu'elle n'avait pas de chiffre. Parce que ce n'était pas elle qui était évidente mais le futur. Putain. Nos futurs.

Nos futurs.


Je dois voir mon patron pour des trucs qui ne concernent que la comptable.
Et ça chie ma vie.
Alors que tout va bien.


C'est bien de savoir comment on a été construit avant d'essayer de savoir qui on est. C'est bien de devenir celui qu'on était.

Un monde.
Les justes auront toujours tout faux.

 Mais je serai celui que je suis.


 J'écoute toujours.






























 

Haïku de route-81/ Mala strana
































J'ai pas vraiment les chaussures pour. On se rapproche. On met nos yeux vers là ou là.  Je vois des visages dans les tufas, des visages de crépi achevé, une fatigue achevée, une fatigue de vieux dieux, les terriens, dissous dans les sels de Mono, dissous comme je les avais senti à la Morte, en Jordanie quand papa suivait plus et que j'essayais de flotter dans le sel et la vase au pied et, en face, Israel et ses dieux tout seul qui ont fui comme des saletés lâches. J'étais avec ma mère et son frère et Maryvonne. Et les touristes qui essayaient aussi de flotter dans le sel en face de la terre de tous les sangs et de toutes les ignorances. Nous sommes dans le vide avec ma mère, là, dans l'humain rien qu'humain, dans nos mémoires et toute notre mort qui vient et toute notre vie qui souffle comme l'herbe souffle, comme les crevettes qui devraient pas naître ici, comme les 2000 mètres qui paraissent 440 comme où je suis né, comme elle est née à moi, comme je suis né à elle comme mon frère est né à nous et à lui. Sans rien d'autre que le joli foutre de mon père dans le joli con de ma mère.


Elle me dit qu'elle va aller s'asseoir un peu. Il y a un banc entre le vert après un ponton en bois sur la vase. J'aimerais plus loin. J'aimerais un peu seul. Je vois encore des visages, tannés et hurlants dans les tufas qui émergent. J'ai les pieds un peu trempes. Je sais que c'est un trempe pas sain, un trempe gogeant. Je sais et je m'en fous comme je me suis toujours foutu des trempes gogeants, des plaies ouvertes. C'est comme cela que j'entraîne mon corps. Que je l'ai toujours entraîné. Mes anti-corps sont au top! Je les mets en première ligne, je les force, je les nourris. Je prends pas de connerie de médicaments, d'anti-septiques pour rien. Je n'ai jamais vraiment pourri. Je n'ai jamais été vraiment infecté. J'ai toujours lutté. Enfin... J'ai toujours laissé mon corps mener ses guerres, à son rythme, comme il devait, il fallait. Ma mère s'éloigne. Je la regarde un peu marcher vers le banc. Et je continue sur la berge en évitant la boue, les flaques, je regarde les mouches et les tufas, l'eau lisse, les mortes zones.


Je vois les visages que je voyais enfant, dans les noeuds de bois du chalet de grand-maman, dans les noeuds de bois des planchers, ivre de shit des mes 16 ans, dans le crépi des murs de ma chambre d'ado avant de m'endormir dans la lumière qui m'empêchait l'obscurité et la terreur des monstres. La lumière que je laissais pour maîtriser mes monstres. Je devais les construire, les imaginer, ils devaient sortir de moi, venir de moi. Mes monstres ne devaient jamais être d'autres monstres. Je prenais le train à Lausanne et 13 heures après de wagon fumeur je sortais hagard dans les rues de Prague. Tellement souvent. Parfois je n'y allais pas pour la ville ou pour les amis que je m'y suis fait, j'y allais pour dire bonjour à une des statues du pont Charles. Si tu viens du vomi et des joies de Mala
Strana, dans les heures hors des hordes baveuses des touristes, elle doit être la 4e ou la 5e sur ta droite. Un gars de pierre, le visage dans ses mains qui supporte je ne sais même plus quoi. Il a les yeux de toi, adolescent qui se rend compte du mensonge ou de toi, enfant, qui réalise que rien n'est vrai. La terreur du monde qui advient. Et l'impossibilité de le quitter. Si tu regardes cette statue, tu aimeras le monde et pleureras sur lui et tu ne te tueras jamais.



































10.26.2015

Haïku d'images-69/ KO/ มวยไทย







































































Haïku d'images-68/ Don't look at me
















































































Haïku de route-80/ Tufa of Love








C'est l'attelle des amours la distance. Le tableau est le lien que l'on doit reculer et approcher, tendre et entrer et dont on doit toujours s'éloigner. Je me rapproche de ma mère. Elle et moi nous sommes des concrétions atypiques. On regarde et commente ces choses bizarres en argile cimenté à la chaux qui émergent du lac comme d'une grotte à l'air libre. Les tufa racontent une rencontre. C'est comme les aimés, on les rencontre toujours, constamment, on se rencontre sans cesse. Il ne faut juste pas se lever un jour en ne sachant pas qui est là, à côté de nous, qui nous réveille, qui nous parle ou nous répond. La folie, c'est ce rythme qu'on n'arrive plus à suivre, les changements autour, autant de gares ratées, la fatigue de passer à l'autre, la fatigue d'accepter que rien ne tient, que rien ne tient vraiment. Le délire de savoir que l'autre a sa route et moi la mienne et les intersections infinies à créer pour se garder ensemble, pour se suivre. Mais là, avec ma mère, nous regardons ensemble les tufa du lac Mono.


On ne sait rien. Nous sommes là par hasard, à cause des Hollandais de la piscine de Barstow. On ne connaît rien des noms, rien de là, rien de ce qui nous entoure. Tufa? Caldeira? On ne sait pas que nous sommes si haut, plus haut que le barrage plus haut que le chalet. Nous sommes nus et ignorants et ensembles. Je ne fume pas. Les tufa sont nous, notre rencontre de mes eaux chaudes sous pressions, ces eaux qui m'ont fait frapper au poings des vitres, ado, chez mes parents, des cicatrices qui restent de mes accès de colères. Mes accès. Mes passages. Le passage permanent de la tension et de la colère et de la violence en moi et les eaux d'anhydride carbonique, plus froide de ma mère dans ses silences et ses lenteurs. Ce serait tellement bien que tout soit si simple. Mais nous sommes nos propres tufa. Ma froideur de sociopathe, sa chaleur à elle qui refuse dans les plis de ses yeux durs la réalité de la vie là. Je me vois frapper. Je me vois voir la vitre. Je sais où c'était. Dans quelles pièces. Mais je ne me rappelle plus pourquoi. Je ne sais même plus vraiment à quel âge. Une fille? Des trucs plus profonds? Je n'en ai pas la moindre idée...


C'est beau de voir sans savoir. C'est beau d'être nu. J'aimerais ma femme et le petit, là. Et sans rien dire. Là, avec la montagne qu'on voit pas et qu'on ne sait même pas, l'altitude et les larves de mouches et le sel qu'on devine un peu dans l'air. J'aimerais mon frère. J'aimerais les miens, mais sans bruit, sans son, sans mot, presque sans geste. J'aimerais un instantané vivant et éternel sans mouvement, sans musique, sans rien. J'aimerais Dimitri, Aymon et Samir. J'aimerais le Capitaine Thon. J'aimerais mes vieux amours. J'aimerais beaucoup de visages, mais qu'on ne soit pas trop proche, pas collé, qu'on vaque, à distance, entre la fange et le dur et toujours en silence, Jo et Pepi et tous les morts. Je garderais mon père un peu pour fumer et je lui fouterais la paix. Qu'est-ce qu'on aurait à se dire nom de dieu! Et à quoi ça servirait ces mots? On devrait trancher la langue des bébés. On devrait vivre par les yeux et l'odeur. Les eaux froides et les eaux chaudes réagissent et cimentent les particules à toutes nos embouchures et dans le temps, par lui, on se construit des conduits, nos regards, un détail dans le geste, nos évidences et le béton qu'on traçe autour pour se lever le matin et vivre le reste et les autres. Mais l'amour et l'amitié qui s'en érigent, dominent les mers du monde.









































10.20.2015

Haïku de route-79/ Fuck Ya All































C'est beau et apaisant. Maman marche devant en regardant ces pieds. Le sol est par endroit sec et craquelé, de pierres durs ou de fanges. Elle évite les cloaques où les larves de mouches gogent dans des communautés grouillantes, serrées dans les poches de survie, en masse, parce que, contre le monde il n'y a que le nombre. Ici, il n'y a que nous. La famille à la fille au serpent a disparu. Il n'y a pas de vent. Le ciel est bleu. Mais pas comme quand on était sous la mer. Il est bleu comme à deux mille mètres, comme au barrage après le chalet. L'herbe commence à grouiller à fleur de boue, à 5-6 mètres du bord. Ma mère semble heureuse et reposée. Cette journée était nécessaire. Je sais qu'elle aime l'eau. Je sais qu'elle aime la montagne. Je sais que ces informations suffsent pour savoir les lieux où s'être bien. Nous marchons en vrillant entre la fange et les mouches, les poches d'eau, passant d'un dur à l'autre. Elle est toujours un peu devant moi. Nous construisons chacun notre chemin. Nous sommes l'oeil au sol. Nous sommes nos itinéraires.


Est-ce parce que Los Angeles a soif que les tufa sortent et apparaissent si bien? Le lac est bas parce que les éloignés s'en foutent, parce qu'ils ont soif, parce qu'ils doivent prendre des bains, parce qu'ils doivent jouir de gaspiller pour jouir de vivre. La distance nous efface le monde. La distance nous fait faire la sieste sur le monde. Elle empêche d'être au monde. Mais c'est elle aussi dans laquelle ma mère et moi nous parlons le mieux. Je ne sais pas ce que c'est qu'un gaz sur un gamin syrien ou l'odeur de la poussière ensevelie dans le nez d'un corps sous Gaza. Mes images sont mon sofa mais ce sofa c'est celui dans lequel je skype ma mère. Oui, c'est toujours dans la distance qu'on se parle le mieux. C'est toujours par elle. Alors, pas à cause d'elle mais grâce à elle. Même puisqu'elle. Avec ma mère on se parle toujours par fulgurance. Ou plutôt elle me parle toujours par fulgurance. Moi, je parle. Je parle. Je parle de rien et de beaucoup, je nourris le rien et le silence et je nourris mes tout, je les glisse dans des discours portés indirects. Je suis mon vide et l'insupportable de mon vide.


Ce n'est pas que LA. Son comté est assoiffé. Elle, elle regarde l'océan et rêve. Mais les naufragés savent que le sel tue et que la beauté ne sert que le ventre plein. Il n'y a pas d'art dans la faim. Pas d'art dans la soif. C'est pour cela que l'art n'a d'intérêt que dans la faim et la soif. Il n'est ni vrai, ni réel, ni concret, ni abstrait, ni un peu ni rien. il est la réaction; Il est combat; L'art est combat. L'art est combat contre soi ou le reste ou les autres ou tout ou contre le rien ou contre toi. L'art n'a pas de théorie. Il est, parce nous ne sommes pas des chiens, pas des singes, pas des bêtes, parce que nous sommes, parce nous sommes là, parce que nous voulons dire, nous dire, nous dire à toi, nous mettre, parce que nous voulons nous mettre et nous entremettre, l'art est là, parce que je veux parler à ma mère, parce que je n'ai pas les mots, j'en ai trop et pas les bons, parce que je veux des phrases, des mots d'elle et pas des mots plats. Je veux mes mots plats pour ses réponses denses. L'art c'est pour tous les toi que tu es et que tu portes, tous les cancers que tu es et que tu portes, l'art est punk parce qu'il aime sa mère et vous encule tous.








































Sur une journée de grève/ Les tropiques






Tropique de la grève. Rien de spécial dans les zones sans. La vaquerie habituelle et l'absence de conscience de l'éloigné, la distance encourue pour faire partie de quelque chose ou en être exclu.

Il y a une ligne sur laquelle se tenir et qui pourrait contenir le ressenti et la réaction.

 Mais dans l'extension des latitudes, les dépressions s'étiolent. Nous regarderons alors la saison des pluies à la télévision. Et les barbelés hongrois, comme les hordes, comme un lynchage filmé ou un homme poursuivi par deux adolescents aux couteaux ne pleuvront ni sur ni en moi.

 Je suis assis en ville alors que les trains ne viennent ni ne partent. Je ne sais pas que je ne saurai pas rentrer. Les gens assis autour de moi mangent et boivent et parlent à propos de choses qui ont un degré d'éloignement suffisant pour les tenir. La chaleur des tons, la chaleur dans les mots des tons est proportionnelle à la proximité de leurs problèmes.

 Je suis proportionnel aux ennuis qui me traînent ou me rongent.

 Dans le règne total du spectacle la victoire de l'image sur le potentiel sérieux de compassion est totale.
























10.17.2015

Haïku de route-78/ Mono Lake
















280'000 tonne de sel. 78g au litre. Un Badwater liquide de 180 kilomètre carré s'étend devant nous. On ne réalise pas que nous sommes à près de 2000 mètre d'altitude, que hier encore nous étions sous la mer. Quand est-ce que ça a commencé à monter? Nous n'avons rien senti, rien vu. L'air est pareil, il descend juste, plus frais de la montagne. Il a perdu le désert, il poursuit le sel. Nous mettons le pied sur la bande blanche, la plage de sel sale, la plage dure de flaques vaseuses. Devant nous, le champs bleu, limpide d'eau morte, le champs d'eau plane, dense et douce où la vie, hallucinamment a décidé d'exister dans un Ph de 10, en s'appelant artémie, en n'étant que là, nulle part ailleurs, juste là pour nourrir les millions d'oiseaux migrateurs qui transitent par Mono pour survivre. Derrière nous, le champs vert, hérissé d'Artemisia, tendues à vivre entre les grands froids et les chaleurs, sous la lumière du soleil et les particules salées, pliant tendrement sous la brise faible. Nous marchons sur cette bande blanche d'urgence entre la vie vivante et vibrante et l'illusion alcaline de la vie.


Je n'ai pas très bien compris ce qu'était une caldeira. Pas dans les détails. On marche dans les pourtours d'une lointaine destruction, une mise à vide. On marche sur l'arète d'un chaudron, l'alliance d'un vieux mariage, le reste d'une alliance d'une vieille colère, un creux d'amour dans l'enjeu des forces, un reste d'amour, un souvenir tari et salé, un mirage lisse. J'aimais les dieux qui dansaient. Ceux qui avaient pris au temps et aux bras, aux cents bras du temps, le pouvoir et la joie de danser sur la terre et d'y mettre dans les pierres, entre les pierres, le vert et le fruit et la vie à mourir. Je regarde le lac Mono comme je regardais le vent d'Island et la banquise au nord de kangerlussuaq, le monde d'avant nous, le monde des errances de Cronos qui mangeait ses enfants pour ne pas exister. 280'000 tonnes de sel. 78g au litre. L'écho des battements sourds que doivent encore sentir les crevettes et les larves de mouches dans les flaques des baises d'Héphaistos et d'Aphrodite dans leur chambre magnétique, leurs orgasmes terrifiants qui faisaient s'effondrer leurs toits, la vidange des colères des dieux et ces dieux morts, finis, oubliés. J'aimerais ramasser cette anneau. J'aimerais être un nouveau dieu et ramasser cette anneau et l'offrir à ma femme.


C'est tellement doux de délirer quand on ne sait pas exactement qui on est. De voir et de rêver du grand ou de l'infâme, se mettre en quatre dans l'ailleur ou en pièce dans la booze et de se complaire de l'unique parce qu'on dit "je" et qu'on croit qu'on est bien le seul. Ce n'est pas encore la saison. Les oiseaux sont rares, les larves grouillent. J'effleure l'eau, j'effleure les pierres, j'effleure le sol comme je touchais les murs des ruines en me disant que quelqu'un, il y a très longtemps et entre tout ce temps avait fait pareil. J'ai toujours eu peur de la verticalité. J'ai toujours eu le vertige. Remettre à l'horizontale ses peurs, nier le temps, faire de l'Histoire et de mes histoires, une seule et même seconde. J'ai toujours voulu être tout et partout via ma conscience et construire en pensée, une vie idéal, l'ubiquité et le voyage de le temps et gagner sur tous les tableaux. Qui sait? peut-être est-ce la vérité. Peut-être que la vie et l'histoire, ce n'est qu'une seule seconde, toujours la même. Et si c'est une illusion, elle me suffit. Elle me nourrit. Elle me fait me lever le matin et me coucher dans la petite mort. Et elle est si simple à réaliser. Juste toucher une pierre, effleurer un mur. Et sourire.






































10.16.2015

Nouvelle-54/ Les bars rouges






















Ne pas s'en faire. Le train roule. L'air est froid. il est devenu froid. Il a voulu. Les choses se règlent là-haut, entre forces et sans dieux. J'ai froid. J'ai mis des couches, même si c'est trop tôt. Mais c'est con de dire c'est trop tôt. Là c'est. C'est comme ça. On fait avec ce qui vient et avec ce qu'on sait, l'aléatoire est ma certitude, mon ignorance ma réaction. J'ai froid sur ce quai. j'ai chaud dans ce train. Et même dans ce chaud, j'ai froid. C'est comme ça. Dans ces froids, les gens restent au lit. Ils croient que ça ira mieux. Ils se gavent de chimie ou d'huiles essentielles. L'essentiel c'est ma chimie. Mon corps. Ma physique. Cette physique qui me lève et me sort et me tremble. La vie, c'est vivre. Je suis dans le train, j'ai froid, je tremble, je vis, je réagis, je ne prends ni l'économie de la chimie pharmaceutique, ni l'économie de la chimie alter. Je suis ma chimie. Je crée ma chimie. Je traverse mon corps. Tout seul.
Je vois dans le filant une pie sur une chèvre dans un champs le long des voies. Une pie posée sur une chèvre. Dans un champs vrai le long du bruit des voies.
Si tu as de la vie qui s'ennuie, cherche les pies posées sur des chèvres. Cherche le vrai. Si tu le prends en photo, tu es un minable. Parce que tu lescauras ratées, la pie et la chèvre.
J'ai passé la journée. J'ai vécu des choses merveilleuses et banales. J'ai vécu l'extraordinaire de l'ordinaire que je ne connaissais pas.
Le train du retour était à l'heure et moi en avance. 1€30 le 25, je suis entré. Je ne suis pas allé au fumoir, je suis allé au bar. Ils étaient tous rouges, sauf la vieille au thé. Ils avaient des âges, mais même le mien. Ils buvaient la 25. A côté de moi, il y avait un homme qui parlait avec le visage et des yeux et des spasmes, et le bras droit parfois, un peu au-dessus du zinc. Un autre avec un oeil en biais. Des rouges. Des peaux rouges. Des visages rouges. Des spasmes. Des lenteurs. Et des mots. Des tonnées de mots. Des mirées de gestes. Des gestes. Et des mots. Pas des paumés silencieux et frigides derrière des écrans dans les bars hypes. Pas des fils et filles de putes assis face-à-face derrière facebook. Pas ce sale monde. Pas le vide des galeries, pas le vide des films, des scènes de théâtre. Une vraie saloperie vivante et rouge.
Et une vraie pie sur une vraie chèvre. 






























10.13.2015

L'île/ Une constitution- projet d'article-1





























Les participants de l'île sont tous égaux
dans la peine et dans l'effort
















































La poésie est un langage clair/ YA WORLD!





























FLASH
















































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FLASH!  FLASH! 












































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Action directe/ Ce que la France fait et ne fait pas






Quel détachement. Une bombe. Une autre. Une autre. Encore une petite. Quelques avions. Des grands discours, beaux et forts, longs, amples, sentencieux, de beaux et bons sermons sur les montagnes de l'Elysée, ce palais comme ces champs qui ont pris le nom de l'enfer des bienheureux. Syrie, le chant d'honneur spectaculaire des vieilles gloires françaises, Mirage et Nostalgie.

Quand on lèche encore, tant et tant, le Quatar et la Saoudie, qu'on allonge et s'allonge les beaux et bons biftons d'une économie de l'immédiat et du budget précaire et qu'on nourrit les groupes qui nous nourrissent à la Kalach.

Areva mon coeur qui missile le Mali, un temps et reparti tandis que légifère la Macron-économie, une loi jolie pour presser et compresser le temps et les gens dans une valeur-travail qui ne sait même plus comment s'aliéner davantage.

Grand Paris ma toute belle qui garde bien au lointain, dans un horizontale d'une géographie de l'éloignement une verticale de la séparation des classes, d'une fatigue des classes, d'une image rance des classes et d'un oubli des classes, Grand Paris qui séquestre l'espace et entrave toutes les douceurs de la proximité, lente et longue et consciente et voulue politique du séparé et de la séparation, du chômage acceptable, du vide acceptable. Comme toutes les zones du rêve absent, de la perspective absente, du demain absent et de l'ennui et de l'overdose du désir qu'on n'assouvit pas ou qu'on assouvit pour mieux désirer plus et qui fait partir, loin, loin, loin, jusqu'en Syrie, parfois.


Les chemises se rachètent avec l'argent d'un métier qu'on ne vire pas puisqu'il est est celui qui vire. Les virés ne rachètent rien qu'un honneur, triste affaire, en crevant dignement, c'est-à-dire en luttant. En luttant mollement, poliment, doucement.


Quelle tranquillité que la France alors que son gouvernement, ses gouvernements font tout pour créer ce que l'Italie appelait les années de plombs. Un peu de paumés du Jihad, quelques bombes à venir. Et une lutte ouvrière ouverte. Un bel avenir pour Vigipirate et la société de surveillance.

La France ne fait rien. Les partis ne représentent rien. Les idées sont absentes ou rances.


Action directe?






































10.09.2015

Haïku d'images-65/ Keep calm






















































Haïku de route-77/ Caldeira








Ca devait être bon. Et sain. On a dû prendre un café. Ma mère a dû prendre un brownie. Je suis presque sûr qu'elle a pris un brownie. On retourne à la chambre. Ma mère prend son bandana. Le soleil est là. L'air vient de la montagne. Je prend mon veston, au cas où et on monte dans la Ford. On descend la 395 en longeant Picnic Shortcut Road. Ce n'est pas si loin. On bifurque dans un parking, nouvelle langue de béton bordée de grosses pierres. Ma mère met son bandana à tête de mort avant de sortir de la voiture. On fait quelques pas et on entend une fillette, devant nous, qui crie et saute sur place en agitant les mains. Sa mère l'enlace et essaie de la calmer. Je m'approche. Ma mère me suit. "A snake! A snake!" Elle pointe du doigt une pierre blanche. Elle n'ose plus bouger. Elle doit avoir 8 ans. Ma mère et moi, nous nous rapprochons de la pierre. On regarde en-dessous, sans la soulever. J'aimerais tellement me forcer à croire que je l'ai vu. La famille de la gamine est obligée de faire un large détour, le plus loin possible de la pierre pour qu'elle se décide à bouger. Nous sommes déjà loin sur Mono Lake Trail, elle tremblait encore quand on les a dépassés.


Parfois la vie entière se réveille dans l'irréel. La route descendait en pente douce depuis la 395, le chemin, lui est droit, longé de pierre en traitillé, la végétation est belle, des brins d'herbes en bois, de l'herbe longue, des rougeurs comme un visage ivre, malade et joyeux d'un adolescent. Il y a de l'air et devant, la plage dure et blanche de sel. La journée est comme une chanson de Jeffrey Lewis. Il y avait quand même quelques voitures sur le parking, mais je ne vois personne. Ils doivent s'être répandu sur les 25 kilomètres de berge. J'ai tellement envie. Et parfois, j'ai tellement envie d'avoir envie. Ici, il n'y a rien. Je n'ai envie de rien. Je marche à côté de ma mère. En face il y a de l'eau. Enfin de l'eau. Je ne réalise même pas l'absence d'envie. Je réalise le sel. Je réalise la blancheur sale vers laquelle on s'avance. Je réalise comme un oeil-caméra. Je crois tant que vivre c'est avoir envie. Mais là je me demande si ce n'est pas le contraire. Ce serait drôle que vivre, ça ne voudrait dire que vivre. Se lever et marcher. Et n'utiliser que ses cinq sens. Peut-être qu'on ne mourrait pas. Peut-être qu'on meurt de s'épuiser à avoir envie de quelque chose, n'importe quel quelque chose.


25 kilomètre de berge. On rêvait d'eau. On est sorti du Mojave, de la Mort, du sable. On a vu une mer de sel à Badwater. On approche de l'ancienne caldeira. Il y en a sur Vénus, elle s'appelle Sappho Patera, sur Mars, Apollinaris Patera, sur Triton, Leviathan Patera et sur une lune de Saturne comme dans la chanson de Capdevielle avec le désert, sur Io, la vache au taon qui cause avec Prométhée dans la tragédie d'Eschyle, Loki Patera. Mais là, on est sur Terre, sur une ancienne zone de destruction volcanique. On va mettre les pieds sur le monde d'avant. Le monde d'avant nous. On marche sur un chaudron, une des failles en anneau où Héphaistos fusionnait la matière pour qu'on soit et qu'on brûle. Que nos religions sont pauvres et tristes, que Dieu est pauvre et triste et Allah et Jahove. Que la terre est belle et le ciel, bleu. J'aimais mes religions d'avant, j'aime les Grecs, j'aime la complexité, le dialogue, l'impossible unité, l'enjeu et le dialogue des forces, les histoires que je reprends et que je raconte parfois au petit, dans son lit, avant qu'il s'endorme. Les dieux d'avant, les demis-dieux, les héros, toutes ces conneries qui se parlent sans s'entendre, s'étendent en s'échangeant de la force, nos ions, nos neutrinos, notre sang, notre vie électrique.


























les caldeiras sont généralement identifiées comme paterae, telles que Sappho Patera sur Vénus, Apollinaris Patera sur Mars, Loki Patera sur le satellite Io de Jupiter, ou encore Leviathan Patera sur le satellite Triton de Neptune.



Haïku de route-76/ Hair-drier in a Bathroom















Derrière l'hôtel, la colline se sépare et tombe entre le fil d'une ancienne rivière sa terre de buisson et les sommets touffés d'arbres. J'ai dû avoir faim. J'ai forcément dû avoir faim. Est-ce que je suis allé à la réception cherché un sandwich? Deux? Est-ce que nous y sommes allés ensemble. Dans les histoires que les gens racontent, rien n'est jamais oublié, tout le monde semble tellement sûr de lui. Moi je ne sais plus l'ordre des choses, l'ordre des images, je devrais les monter comme je veux, je devrais inventer. Je devrais mentir. Je devrais inventer des mensonges plaisants, des mensonges qu'on aurait envie de lire. Je pourrai inventer du sexe avec la jolie fille de la réception ou avec le vieux couple seul. Ou alors de la violence. Ou alors je pourrai mentir les deux dans un montage que nos spectacles adorent. Je pourrai inventer un long et profond dialogue avec ma mère, une dense introspection. Un lavage de vie. Un passé retourné et des crises avec, une centaine de pages plus loin, une réconciliation et dans cette centaine de pages du cul avec la réceptionniste et le vieux couple et du sang de réceptionniste dans la baignoire du vieux couple. Mais je sais que j'avais juste faim et que ma mère faisait une sieste.


Je crois qu'on a décidé d'y aller. Ma mère se réjouit du brownies fait maison, j'ai vu qu'il faisait des sandwichs. Je ne me rappelle pas exactement quelle heure c'était. On devait entrer dans l'après-midi. On a traversé le jardin, je crois que les marches étaient en granit. Il n'y avait personne aux tables dans le patio, la fille était toujours à la réception, elle était toujours jolie. Elle discutait avec le mec qui bossait en cuisine. Tout avait l'air cool. On s'installe à la table sous l'étagère à livre. Les rideaux sont tirés sur le jardin de derrière. Ma mère n'a pas vraiment faim mais elle sait que je finirai son sandwich. Tout est très bio. On mangera sain pour une fois. Je me lève pour aller commander. Je souris mais pas comme je pourrais sourire, je lui souris d'un sourire normal, pas appuyé, ni rien. La Californie, du moins celle qu'on a rencontré depuis notre arrivée atrophie la libido. Les cafés ont l'air bon; notre commande est partie en cuisine. Je retourne m'asseoir dans le fauteuil. Je m'enfonce. Ma mère regarde par la fenêtre, puis les tranches des livres. On se dit qu'on ira au lac après le repas. J'ai l'impression qu'il faudra marcher un peu. Ce sera parfait pour digérer.


Je n'ai pas touché mon livre. Je n'arrive pas à lire. Je lis tout le temps, mais là je n'arrive pas. J'ai toujours lu beaucoup. Mais rarement au lit. Je n'arrive jamais à trouver la bonne position. J'aime lire dans les trains, dans les bars. Et le matin dans la salle de bain, couché sur un tapis douche avec le bruit du foen et la lumière du jour qui monte ou plus tard dans la journée quand j'ai le temps de faire une sieste. J'ai commencé vers 13 ans je crois, peut-être avant, dans la salle de bain de mes parents, celle qui donnait sur leur chambre avec le meuble en bois pour adosser mes coussin et le ventilateur à air chaud gogé de poussière que je respirais sans m'en rendre compte. Je me levais et je descendais à la cuisine me faire un bol de corn-flakes et je remontais. Parfois mes parents étaient déjà levés, je me couchais quand mon père se rasait ou quand ma mère prenait sa douche. Ils n'avaient pas besoin de m'enjamber, la salle de bain était assez grande. Je lisais. Je regardais mon père dans le miroir du lavabo, ma mère nue qui sortait de la douche. Parfois je somnolais. Parfois j'essayais de retrouver mes rêves. Je n'ai jamais vraiment arrêté d'occuper les salles de bains, sauf quand mes logements ne le permettaient pas. C'était comme un ventre. c'est toujours comme un ventre. Toujours humide, toujours chaud, toujours avec un bruit comme un séchoir ou un sèche-cheveux, comme ses bruits sourds qu'on entendait en permanence, les derniers mois avant de naître.