5.13.2017

Fiction ou vie nue










Je ne sais pas trop comment tout cela se passe. Je ne sais pas tellement comment me souvenir, ni d’où ça vient, ni si c’est vraiment vrai. Je décide que c’est vraiment vrai. Je ne sais pas encore pourquoi je décide que c’est vraiment vrai, parce que je ne sais pas encore exactement à quoi tout cela peut bien servir.
J’étais couché dans ma salle de bain, il y a quelques minutes encore, parce que je fais toujours la sieste dans la salle de bain et ce, depuis mes 11-12 ans, à tel point que la taille de la salle de bain a toujours été un critère important dans le choix de mes lieux de vie. J’ai bien essayé de m’en défaire durant les quatre année où j’ai vécu au 10 bis un des derniers squats qui n’a toujours pas été fermé à Genève, puis durnt les trois années que j’ai passé à vivre à l’hôtel le Gai-Rivage, par intermittence, à Rolle, tenu à l’époque par Emma Pittier, femme de Pittier, un salaud notoire qui prostituait sa fille, possédait deux doberman et avait un flingue sous sa stammtisch et qui était déjà mort quand j’y ai emménagé. La c’était plus simple, je n’avais tout simplement pas de salle de bain mais un évier dans la chambre.
J’étais donc couché dans ma salle de bain, enfin ce qui est encore ma salle de bain et ce, jusqu’à quand, je n’en sais trop rien, mais tout cela est une autre histoire et, là, je n’étais pas en train de faire la sieste, mais prolongé la grasse matinée que je n’ai jamais été capable de faire dans mon lit. Je commence chaque journée sur un tapis de sol, couché avec un livre en général et le sèche-cheveux ou le déshumidificateur, enfin un bruit récurrent et ronronnant et parfois je me rendors ou je somnole et quand je somnole, je cogite ou plutôt je pense ou plutôt je laisse venir des pensées et, ce matin, il y e encore quelques minutes, j’ai vu des images que j’avais vécues ces derniers mois.
Alors, elles, ces images, je sais qu’elles sont vraies. Mais comme d’habitude, elles viennent par bribes. Ce sont précisément des images parce que je suis incpable de me souvenir en cinéma mais toujours en photographie et, sans son. J’imagine ce qui a été dit mais je ne m’en rappelle jamais précisément, ce qui fait que, j’ai pas d’autre choix que d’interpréter et le déroulé des événements et leurs contenus ce qui permet à ma mère, parce exemple, de me dire que j’invente certains souvenirs. Lorsque j’en évoque d’autres, partagés avec des amis, la famille, des femmes, je me trouve alors face à leurs déroulés et leurs interprétations, ce qui, au final, nous donne une intersection plus ou moins vague pour une vie plus ou moins commune.
Quand je descends en Italie et, passé Livourne, vers La California, avant Cecina et que j’ouvre la fenêtre de la voiture ou du train, l’odeur des pins malgré le dioxyde de la SS1 me fait du bien, m’apaise je pourrais même dire. Je vais dans cette région depuis que je suis dans le ventre de ma mère, je crois donc que cette odeur est une odeur qui vient de loin, non pas la première de ma vie mais la première à se fixer et, même si je suis parfaitement incapable, lorsque je suis à Bruxelles, d’avoir cette odeur dans ma tête, elle revient quand je suis en Toscane et alors, ce souvenir, pratiquement, ne me sert à rien, puisqu’il ne me suffit que de continuer à aimer l’odeur des pins pour en ressentir la joie.
Dans la salle de bain, je pensais à une fille avec qui j’avais couché dernièrement. Je ne me remémorais pas le moment exact, mais j’utilisais les souvenirs de son appartement et de son corps pour créer un scénario érogène un peu pauvre mais fonctionnel. Je dis pauvre et fonctionnel parce que ce scénario n’aurait rien eu d’équivalent à l’effort que j’aurais pu mener pour simplement revoir cette fille et vivre une réalité qui aurait été bien plus enrichissante que ce suffisant couché sur un tapis de sol dans une journée grise comme il faut pour écrire un texte sur la fiction et la vie nue. Je me suis donc retrouvé, en pensée, via ma mémoire dans l’appartement de cette fille, sur son canapé quand d’autres images sont apparues, comme celle de mon ex-femme me demandant de garder les yeux ouverts pour éviter de penser à une autre ou, toujours elle, me racontant des trucs désagréables dans la cuisine où j’écris actuellement ou des images de moi, ivre, en train de gueuler sur sa meilleure amie au mariage de la soeur de celle-ci.
Bref. Je disais, en commençant ce travail, que je ne savais pas tant l’utilité de se souvenir, de l’utilité du souvenir, d’autant plus, si nous n’avons pas la mémoire adéquate pour, au moins, garder un film et un film parlant. Je ne le sais pas. Je ne sais d’ailleurs pas non à quoi cela sert d’avoir des perspectives, des plans, des rêves. Mais pour le passé, en revenant à l’exemple de mes flashs salle-de-bainiques, le souvenir agréable allait me conduire à un à peine suffisant plutôt minable et les souvenirs désagréables ont annihilé cette possibilité.
A quoi donc me servent le son de cette balle de basket sur le playground aménagé dans le jardin de la maison où vivait ma grand-mère et ma tante qui n’est pas sortie de sa maison pendant 17 ans ou le cling des bouteilles de l’usine à vin Schenk sise à Rolle? J’ai travaillé dans d’autres usines, je sors peu de chez moi, si ce n’est pour aller travailler. A quoi me sert le froid dur du crâne de mon père mort dans le funérarium de Nyon?
Le texte que je suis en train d’écrire, le roman dans le cadre des ateliers des écritures contemporaines foisonne de choses, d’éléments et d’événements qui me sont, d’une certaines manières, relatifs à l’interprétation que je suis en mesure d’en faire. L’odeur de mon père, je ne m’en rappelle pas. Je sais qu’elle était désagréable. J’ai des photos dans ma tête de mon père, quasi nu, la sonde pendant de sa queue et qui me souriait comme par défaut. J’ai tiré avec plusieurs armes différentes. Je sais ce que cela fait de tirer, de sentir le poids, la puissance, la mort possible et la terreur et l’excitation que cela produit. Je sais l’odeur de la cordite. Je sais ce que c’est que de penser aimer, de se faire une idée et une représentation de l’amour et d’essayer de vivre cette idée et l’échec évident qui conclut tout rêve réalisé ou, plutôt, semi-réalisé. Par contre, les chapitres où je décris l’enfance de mon père, sa désertion, ses années au goulag, 1956, les chapitres où je prends son “je”, sont clairement fictionnels tout en étant, je l’espère, plausibles.
Le sujet de ce travail est exactement un des sujets principaux de mon roman. En remplissant les colonnes, la vie nue se noircissait alors que la fiction restait vide. Tout semblait simple. Et plus je noircissais, plus il me semblait évident que je ne savais rien réellement à propos des éléments que j’introduisais. Ils remplissaient sur la page le même espace qu’ils remplissaient dans mon cerveau. Et pour quelle chierie de raison? Pourquoi garder des entrepôts qui ne livrent que du matériels parcellaires et défectueux?
Je ne résouds rien de ces questions. Même la fiction, le texte que j’écris ne résoud rien de ces questions. Ni la fiction, ni la mémoire ne me résolvent.
Mais on continuera quand même.




















4.12.2017

Brûler Bruges?








Du vase clos à la transversalité, de Janus au tête-à-tête, de la séparation à la solution homogène, la question s’est étirée et s’est affinée des monologues s’opposant au dialogue qui s’est précisé entre les Corps jusqu’à une hybridité qui, à force de s’amalgamer, se condense jusqu’à s’obscurcir un discours où le Je multiplié dans tant de Narcisses, ne voit plus la mare qui s’assêche, pas plus que les traits qui s’opaquent.
Du glissement historique du “il” ou du “eux” au “je”, de la parole et du geste sans histoire pour l’Histoire, du “je” qui prend conscience de l’autre “je” pour se résonner en “tu”, de ce vague “nous” où le collectif ne s’est proposé, via la critique, que pour s’entre-appuyer ses “je”, où des Salons aux journeaux, des galeries aux revues, la multiplications des canaux nous donne à voir une interaction qui rappelle, à la fois Bruge et la sous-utilisation des réseaux fluviaux et interfluviaux en Belgique. L’image, évidemment ne se réduit pas au Plat-Pays.
Bruges ne se vit pas et se voit à peine. Bruges idéal dans son dialogue à elle-même, splendeur et richesse auto-centrée qu’on prend en photo (mal), que l’on voit (à peine) et que l’on ne regarde plus vraiment. Pire encore, devant la masse ennuyée qui engrosse les ruelles, l’historien de l’art ou l’amateur éclairé, n’a plus que la pleine nuit pour apprécier les finesses de l’architecture.
Sur les réseaux fluviaux ne passent que de maigres et rares transporteurs. Maigres parce que la profondeur ne suffit pas à dépasser les 4000 tonnes, rares, parce que la vitesse et la puissance du carburant abondant (encore), monopolistique et les lobbys de l’asphalte qui semble plus lisse que l’eau, préfèrent au Bateliers ou aux Atalantes, les longues processions des 40 tonnes.
Dans les années septantes, les multiples courants de l’autonomie italienne posaient sur le discours du “nous” échoué celle du personnel. L’art conceptuel avait déjà résolu, dépassé et achevé le problème 10 ans avant. Cattelan, né dans une des villes les plus actives de ces années-là, pousse jusqu’au plus concret, l’effondrement du “je” et de son solliloque vers son absence, stade pré-ultime de son aliénation avant le vide dans la création de sa “wrong gallery”. Fermé pour cause de fermeture comme si Bruge murait ses portes.
Du “je” affirmé, stirnerien, vers un dialogue au “nous” plus stirnerien encore, “nous” d’un miroir sans teint, grahamien, le “je” exposé, dans son unicité rayonnante, dans un premier temps, s’implose dans la seconde moitié du XXe siècle, pour se reconstituer mais compartimenté, séparé dans un fordisme de l’identité qu’illustre, par exemple, Dan Graham, multipliant les médias (photographie, performance, installation,...), se dialoguant en méta (théorie, critique), transmettant, par la création d’une galerie, s’ouvrant donc, mais dans un vase clos. La porosité s’incarne dans un corps unique. Oui, il y aurait les sorties dans l’espace publique, lumineux et transparent, une volonté de se décentrer, un désir de périphérie, mais il s’agit toujours de ce “je” multiple, ce ‘je” qui s’implose dans l’art conceptuel depuis 40 ans et ravale ses façades comme on rénove celle de Bruge, mais qui ne sait surgir, exploser et se répandre, écouler, non un discours, non un “nous” ni même un “tu” mais un “vous”.
 “Je” est un autre englobé dans un “je” plus grand qui tendrait à se condenser et l’être moderne de l’artiste-écrivain est cette condensation qui s’écoule des vitres des oeuvres de Graham, en autres, à l’intérieur, toujours plus loin, plus profondément. Bruges ne s’enfonce pas dans sa lagune. Elle se consolide, dans un aménagement du territoire où son centre (le marché) se compose très bien des rues adjacentes (galeries Alaia), des ruelles plus cachées (Sternberg press), des vitrines clinquantes (Rizzoli) et des surfaces grand publique (Phaidon).

Une économie intégrée, rationnelle, en adéquation parfaite avec l’économie intégrée, rationnelle capitaliste. Un monde fonctionnel dans les mondes fonctionnels, non pas parallèle à eux mais amoureusement interconnecté et interagissant. Un art froid, aliéné et aliénant dans un monde globalisé aliéné et aliénant. Le politique présent de trop d’absence s’est fondu dans l’économique qui n’a, depuis longtemps, plus qu’un seul et même jeu à jouer. Et ce tout aussi hallucinamment et lascivement fade qu’effroyablement ultra-violent, tellement omniprésent et omnipotent qu’il s’en efface des consciences de Bruges. La production s’ammasse, se multiplie dans un même qui, plus que banaliser un discours, le nullifie à tel point qu’il n’y aurait même plus de spectacle à critiquer, tant la mise en abyme n’a laissé que de l’abyme, fascinant, évidemment à tout point de vue dès lors que nous voulions bien y descendre en bathyscaphe s’émerveiller de la nuit, du froid et des monstres. Revues, galeries, critiques, l’ombilic est une bonde qui ne finit pas de se vider. Certes, la recherche induite creuse, détaille, précise, mais c’est la méthode de la sécante où son algorythme de recherche tend au zéro de la fonction.
Alors l’Art et la Littérature se sont unies et solidifiée dans une forme totale du séparé tant à l’intérieur du biotope de la création que dans son mouvement vers l’extérieur. Reprenons. L'objet a pensé l'image. Le mot a pensé l'objet. L'objet seul. L'objet mis en scène. Le mot mis en scène. Le mot a pensé l'action. L'action s'est pensée toute seule. L'image, l'objet et le mot dansent. Le rien est devenu tout.
Hors Bruges, le réseaux des canaux, 41 pour la Belgique, reliant les fleuves aux fleuves et les villes aux villes au fond trop bas pour les bathyscaphes.
La nouvelle classe (les ouvriers, les employés précaires, les stagiaires, les chômeurs, les intermittents, les réfugiés, les sdf et les working poors) et les classes médianes (l'ancienne classe moyenne) ne veulent globalement pas d'art, ils veulent du divertissement.
L'élite (les universitaires riches et pauvres, les artistes riches ou pauvres, la upper class, les nouveaux riches, les héritiers) ne veut globalement pas d'art mais des vernissages.
Les artistes dans le mood ne veulent pas d'art, ils veulent du cul.
Les artistes du dimanche font. Mais on s'en fout parce qu'ils ne posent pas de question.
Jeff Koons bien entendu le comprends qui dit « l’art n’exige rien de vous, il attend et vous transforme » et son alliage d’acier sonnant et trébuchant avec Vuitton, manifeste à la fois a- et overpolitique, splendifie au centuple, le séparé totalement intégré, immensément concentré et concerné, détaché, ludique et victorieux.

Certes, il n’est qu’heureux que par la forme il ne soit plus possible de considérer d'art séparé comme il n'y a pas d'existence séparée. Ce que l’écrit vient chercher dans l’art et réciproquement, ce dialogue est une joie. D’ailleurs monter un film c'est de la musique. Filmer une scène, c’est de la photographie et de la chorégraphie. Peindre c'est lire l'image. Photographier c'est peindre, en musique. Ecrire c'est aussi tout que le tout qu'est le cinéma.
C’est la question de se poser la question, de lui donner de l’importance qui n’a de raison d’être que pour Bruges mais dont les canaux qui traversent le monde ne peuvent rien faire et n’en ont, d’ailleurs, rien à faire.
C’est la question d’aujourd’hui. Dans l’académisme de l’art conceptuel, faut-il une réaction ?
Ce que Koons propose c’est un sofa, une terrasse chauffée sur la grande place. Ce que Lawrence Weiner proposait, dans l’action que je considère comme étant la plus spécifique de rapprochement entre art et littérature en statuant : « - 1. L'artiste peut construire le travail - 2. Le travail peut être fabriqué - 3. Le travail peut ne pas être réalisé - Chaque proposition étant égale et en accord avec l'intention de l'artiste le choix d'une des conditions de présentation relève du récepteur à l'occasion de la réception » et plus particulièrement dans « Statements » c’est le dialogue direct par une œuvre à la fois achevée et en gestation possible. Ni transparence, ni pose, ni éclat. « Statements » représente justement ce que j’image par les 41 canaux qui traversent la Belgique.
Alors faut-il brûler Bruges ?
Bien sûr que non. Bruges vaut pour elle même et il est tout à fait possible de ne simplement pas y aller.
Ce qui est impossible, c’est de ne rien faire. Et non plus de partir d’une unité pour la séparé, mais de concevoir le séparé comme une donnée à réunifier et de proposer cette réunification, non pas comme une attente, mais une exigence du « je » vers une exigence du « vous », préalable à ce « nous » qui serait bon de retrouver.
















4.01.2017

Workshop Cergy-La Cambre/ D'un mort l'autre, Rien reste










De Sylvaine Boulet qui a écrit toute sa vie des listes de courses (et qui a la chance d'être enterrée à côté de Samuel Beckett) à Monsieur Benichou Benoît qui a toujours bien tenu son agenda (et qui a la chance d'être enterré à côté de Ionesco).

-Rien (rien)
-Rien (rien)
-Rien (pot d'herbe)
-Rien (rien)
-Rien (rien)
-Ses voisins et amis (rien)
-Caveau
-Rien (rien)
-Rien (rien)
-A notre tante- Men Thec Bac- A ma soeur (pot vide)
-Personne - rien (rien)
-Rien (pot en marbre, mauvaise herbe)
-Rien (géranium fané-herbes pourries-pot renversé)
-Rien (fleur en plastique vieux et poussiéreux)
-Rien (pot de fleur blanche et rouge)
-Rien (pot avec terre-fougère-petites fleurs violettes)
-Rien (deux pots de fleurs fanées)
-Rien (belle fleurs de printemps rouges, blanches et orange)
-Rien (boule en marbre avec violette et parterre creusé dans le marbre de la tombe, fleurs récentes violette, jaunes et blanches)
-Rien (fleurs en plastique (21), vieille)
-Rien (rien)
-Rien (arbuste, pin/magniola en pot)
-En descendant de la tribune (rien)
-Rien (rien)
-Rien (plante verte)
-Rien (rien)
-Rien (roses en plastiques poussiéreuses)
-A notre époux et père bien aimé (vieille rose vraie fanée, presque pourrie)
-Rien (parterre de mauvaises herbes dans le marbre)
-Bercez son repos de votre chant le plus doux-notre pensée est toujours vers toi (pensées-jonquilles-plantes vertes-arbustes (sapin)-arbuste inconnu)
-Rien (rien)
-Anapi souviens-toi/ les anciens prisonniers d'Indochines à leurs compagnons (trois arbustes à l'arrière genre haie)
A mon époux, à notre père/ Notre pensée est toujours vers toi (fleur en plastique)
-Quelque chose d'illisible (rien)
-Albert à ses amis/Philippe à sa marraine/Fédération hôtelière picardie A notre ami le président R. (Roses en train de fanés, arbuste de fleurs blanches et vertes, plantes vertes)
-Rien (arbuste de haie, parterre de lierre)
-Rien (à l'arrière, pensées violettes, jaunes, bordeaux et blanc-bordeau)
-Rien (rien)
-Rien (arbuste sans feuille)
-Rien (rien)
-Rien (roses évasées et fanées)
-Rien (parterre latéral droit de lierre et un arbuste inconnu, latéral gauche de lierre, 3 pissenlits et un arbuste inconnu)

Je prends à droite, dans la courbe
-Caveau
-Caveau
-Rien (pot-pourri- lierre et plantes diverses/ urne remplie de fleurs en plastique rouges et blanches)
-3 médailles gravées (fleurs en plastique dans l'urne)
-Rien (rien)
-Rien (rien)
-Rien (rien)
-Caveau
Allée gauche
-Rien (3 bouquets de petites fleurs rouges disposées entre la tombe, à ses pieds)
-Rien (plantes vivaces vert-jaune entre une plante fanée)
-Rien (plantes fanées entre deux lierre)
-Illisible (plante en plastique terne)
-Rien (rien)
-Rien (rien)
-Rien (rien)
-Rien (rien)
-Rien (plante qui pourrait être aromatique-
-Rien (rien)
-Rien (plante fanée dans un pot dans un réceptacle en granit pleine de mauvaises herbes)
-Caveau
-Les amis de Norvège gravé dans une couronne de laurier en bronze (Roses, deux fanées, deux en bourgeon, plante blanche en train de fané)
-Rien (rien)
-Texte en arabe ou en farsi (plante morte et 5 coquillages)
-Rien (rien)
-Rien (rien)
-Rien (parterre de pensées jaunes
-Prier le je ne sais qui, j'espère Jésus Christ (arbustes inconnus, plantes diverses, presque en fleur)

























Exercice Artaud/Bon - Suite Cergy/ Paramètre Artaud















Nous commencerons terrifiés, sans regret vers demain. Nous fumerons les morts qui descendront les pentes et ce seront des vocalises, les pantalons trop courts, les vestons élimés et les beaux jours de rien gagné et de rien perdu.
J'ai racé, enfin... J'ai essayé. J'ai mis le timbre, le retrait, j'ai guindé et posé et ce qu'il reste? Ce qu'il restait du mépris, la même chose, rien, rien de rien, rien d'autre qu'un vaste rien tant plein qu'il en sue, qu'il en suinte trop d'ici et encore trop de là et d'eux et des autres, des tu et du reste. Le monde à 38 vaut moins qu'à 20 et je ne suis même pas interné comme Momo, il vaut le rance qu'il promeut. Le merdier. Que ça brûle et vite mais sans les nôtres. Il y aurait bien une maison quelque part.
C'est un temps surgi, un temps de taon, on grasse vache, on laite d'hormones traqués de taons, on vache un joli, c'est la plaine sèche ou un banc qui rogne sur le boulevard pour qu'on y voit rien des gens qui tracent. On est la grasse molle et la grasse lente, la pâteuse qui se met en succube pour la broute, la meugle et la chie. Les taons tournent.
Un gamin crie, une rue passe. Un téléphone.
Du brun autour et pas mal de champs de mauvaise vie. J'avais tout pas. Et tant pas compris, tout suivi, le souffle et le bic et un cadre dont le souffle oscillait, les dimensions mais qui restait cadre, chaque jour, chaque mois, chaque an, ce cadre qu'il fallait juste ajuster ou aggrandir et ce n'était pas trop clair parce que pas trop dit.
Le temps croule comme un torrent d'à faire.
Ce n'est pas le décalogue et je n'ai pas envie de me décalquer, ni me ronger d'être si con et me redécalquer. Plus tard peut-être, je serai content d'être moi. Je n'ai plus trop envie des jolies rencontres et elles sont toujours bien. J'ai envie de me faire ronger la bite par une pute d'Aarschot, puis une autre, puis une autre.
Et ça faille. On lamentera sur des plateaux qui nous ricaneront, les après-coup c'est la route vers le pieu. Il n'y a même pas de culpabilité.
Il n'y a qu'un micro-cercle et il pourrait être encore plus silencieux. Les chaques secondes, elles fouillent à terre, elles fouillent à fourrer, elles fourrent leur nez d'un chat à l'autre, d'un signe à l'autre, des mots claqués à la hache sur le billot de la pension, les chaques secondes elles veulent dormir et écrire et la passion, la gniak à affaler dans la salle de bain à écouter le sèche-cheveux.
Et j'ai envie de rester là, j'ai envie de rentrer à la maison, j'ai envie d'être malade et qu'on m'aime d'être malade, qu'on me sourie et qu'on fasse si bien de m'oublier. J'ai envie d'être triste et d'être heureux d'être triste. J'ai envie d'être heureux et d'être enfin là et pas là et j'ai envie de cette fille assise en face de moi et de me foutre d'avoir envie de cette fille et d'être content de m'en foutre. J'ai envie de cogner sec et j'ai envie d'avoir peur de prendre des coups. J'ai envie d'avoir des chiens sur moi, une meute. J'ai envie de savoir vers quoi être et comment être où.














3.10.2017

Comment être classe!





On est bien. On est posé. Après le travail, on peut aller boire un verre avec des amis. Le soir, on a une famille. Ou pas. Ou recomposée. Ou en décomposition, mais la vie ou tinder offre des possibilités.
On a les soldes ou alors on a besoin d'une chemise ou d'un truc bien et joli et on se fait plaisir. On a des offres culturelles. Il y a La La Land ou une soirée  au Kafka. Ou il y a Netflix. Ou Rtl. Ou la Rtbf. Le foot, le fun, un débat, Hanouna, le télé-achat.

Il y a le delhaize, carrefour, la migros ou aldi et lidl. De la viande, des légumes pour tous. Des produits ménagers, des sucrés, des fruits.

Il y a tout pour (à peu près) tous.

Le mot "capitalisme" est bof. L'expression "lutte des classe" est ricanée, obsolète ou "what?".
"Anarchisme" c'est "ah ouais, le bordel quoi". "Marxisme" c'est "Putain, Staline, quel fils de pute" ou ricanement ou "What?".

Prolétariat ne signifie plus rien. Et heureusement. Il n'existe plus.

Tu vois un ouvrier quelque part en Europe?

Nous sommes tellement séparés, de nos émissions télés (pour ceux et celles qui regardent encore la télé ) à nos supermarchés, nos bars à nos cafés, de nos pakis à nos nightshops, nos collocations à nos appartements,
tu sais
cette séparation qui a eu lieu dans les usines quand on a séparé les activités manuelles, dans les usines et les entreprises quand on a séparé les ingénieurs, les managers, les activités, quand on les a spécialisées, quand on a séparé les villes entre centre et banlieue,

puis les centres entre locataires, propriétaires et magasins et/où service,

les banlieues entre barre d'immeuble et résidences,
séparé dans l'entreprise entre les différents étages et séparé dans ta vie entre paliers et rues.

La séparation est un travail de longue haleine d'une classe particulière mais je ne vais pas vous emmerder avec du marxisme chiant.

Juste que cette classe a gagné et gagne et continue à vouloir gagner.


Internet. Télétravail. Robotisation. Robots.


C'est l'actuel et la suite.



Il se trouve que le massacre (oups... C'est violent... La destruction, disons... ) du prolétariat, a créé une nouvelle classe.

Qui n'a pas conscience d'être une classe. Et qui ne peut l'avoir. Et qui ne l'aura probablement pas.


Elle se compose ainsi :

Chômeur, chômeuse, travailleurs pauvres, stagiaires, contrats externes (chez BNP par exemple, on n'engage plus CDI, on externalise, c'est-à-dire que l'on t'offre un contrat de 6 mois renouvelable parfois sur 8 ans ou plus, imagine ce que cela représente) et autres types de contrats précaires, CDD, uberisé(e)s (Deliveroo, Uber x, ...),

classe à laquelle je tiens à rajouter les SDF et les réfugié(es).

Aucun parti, aucun syndicat, pas de intersquat, aucune obédience pseudo-révolutionnaire, n'en a conscience.


La violence est totale.

La réaction?


Cette nouvelle classe est majoritaire en occident.


Elle vote n'importe quoi, n'importe où et de plus en plus, fasciste.


On meurt ou on brûle?







Lotta continua!
















3.08.2017

On est visiblement mieux seul qu'accompagné






Il y a Souchon, ça fait longtemps, il parlait d'une "Trop moderne solitude". C'est super année 10-20-30-40-50-60-70-80-90-00-10 comme sujet.

Après, il y a les chieurs qui viennent te dire que c'est le capitalisme.

Aliéné du travail, séparé du travail, séparé par le travail dans la spécialisation, séparé dans la ville par les quartiers, séparé dans les écoles par le parquage, séparé sexuellement, séparé dans les âges et dans les homes, séparé économiquement dans les bars de classe, les restaurants de classe, les drogues de classe, séparé dans les supermarchés, ton Lidl, mon Carrefour, séparé dans les musiques spécialisées, séparé par les transport en commun, séparé dans les voitures individuelles, séparé dans les distances, les étages, les paliers,
le système a réussi à offrir, dans l'illusion de l'ouverture totale et gratuite, la séparation totale du réel et de sa pauvreté augmentée, le virtuel, internet.

Internet est le dernier stade de la séparation avant les robots.


Les frontières ouvertes sont un monde vaste pour celui ou celle qui peut en profiter. Erasmus est une réussite qui cache le désert des Club Med.

Imagine que tu te sépares de ton conjoint. Les ami(e)s commun ou de l'autre ne cherche plus à te joindre.
Tu lis alors, qu'il n'ont pas cherché à te joindre.
Imagine que tu interagisses professionnellement avec des gens. Hors du travail, ils ne te parlent plus. Alors tu lis, ils ne te parlent pas.
D'un étage l'autre, ils te parlent dans l'ascenseur ou à la machine à café. Hors de ces espaces, ils ne te parlent plus. Alors ils ne te parlent pas.
Tu avais un groupe de pote ou une collocation. Lorsque quelqu'un, puis l'autre, quitte la sphère, il ou elle ne te contacte plus. Ainsi il ou elle ne te contacte plus.
Etc Etc
Bien entendu cela vaut pour toi.


Du "plus", tu sens le "pas". Et tu l'interprètes comme un "jamais".


L'interprétation est le corps du vécu.

Le "pas" est rationnellement pensable.

Le passage est facile.



La solitude totale est actée, c'est notre chez nous, l'oubli et l'ailleurs sont la norme et nous devons nous construire et construire, donc éduquer en fonction de ce constat.

La question est de savoir, quand ou quel est, le niveau atroce de la solitude.

Le groupe humain a vécu deux zones. En mouvement et sédentaire. Mais toujours ensemble. Depuis plus d'un siècle, une classe a décidé que nous devrions vivre séparé. Et cette classe, tout en douceur et proposition séduisante (consommation, "liberté", virtuel) a réussi.

La fourmi a le choix entre le chien, le chat ou le rien.








3.05.2017

Faire la fête/ Comment se débarasser d'un type chiant





On est fun. On regarde Arte et Hanouna. On ne va pas s'emmerder avec Marx et Luckàs. On lit les séries "Désobéir" au Belga ou au bar du Matin. On sait que "Libération" est de gauche et le "Figaro" de droite. Le "Gorafi" c'est tellement vrai, qu'on le partage en cuisant les oeufs pour le brunch.


Comme, on est social-démocrate, on va voter Macron pour pas voter Le Pen et on, si on lit les 4e page des journaux, on va se dire que les ouvriers et les employés de Caterpillar ont bien fait de suivre les syndicats. D'ailleurs la prochaine discussion dans ton entreprise, c'est pour avoir une plante verte dans ton open space.

Charleroi sera peut-être dans les play-off et il y a de la bisbille à The Voice.

Les ennuyeux qui me parlent des victoires du capitalismes dans les années 50-60 (mixe Taylor-Ford), dans les années 80 (le chômage comme normal) m'emmerdent. Hier soir, il y avait un concert super.

L'Europe elle a raison, parce qu'il n'y a plus de guerre en Europe.

Les syndicats ont raison, parce qu'ils ont négocié des compensations à ton renvoi.

Et pour les employés des services, tout va bien, puisqu'il n'y a plus qu'eux à ton service.

On a bien rigolé l'autre soir. Il y avait un type, il devait avoir 19 ans, il nous a parlé de "lutte des classes". J'étais en train de faire un hoummous maison et on prenait l'apéro avec un excellent vin à 8€50 du Carrefour. On l'a un peu laissé parler, j'avais mis le triptyque de PNL, c'était cool. Il était si vieux, qu'on l'aimait bien.


Il venait de Suisse et avait vécu à Paris et à Berlin.  Aujourd'hui à Bruxelles. Il nous a dit. Il n'y a plus d'usines chez nous. il n'y a plus d'ouvrier. Nous, on trouvait ça cool. Parce que le travail à la chaîne c'était pas très cool.
Il nous a fait un peu chier avec ses discours sur les partis socialistes qui faisaient tout pour nous précariser et qui ne savaient plus comment ils s'appelaient. Je l'ai fait taire en lui parlant du dernier vernissage de X qui montrait, dans des installations où il filmait des pièces carrées de plâtre noir, le solide de la pensée fragmentaire.
Il est parti bouder dans son coin avec le Gin Tonic que j'avais préparé (grains de poivre et fins morceaux de pommes).
Je n'aurais pas dû lui donner à boire. Il s'est oublié. Putain, la fête était cool! Qu'est-ce qu'il vient faire chier avec des trucs des années 60 (j'ai hésité à lui proposé un bon RO de C, mais j'aurais plutôt dû ne pas laisser Patricia, qu'on appelle Gigi, l'inviter, je saurai pour la prochaine fête).

Comme mes amis sont éduqués, on l'a un peu écouté.


"Le prolétariat ( quel mot so old school!) n'existe plus. L'Europe a décidé. Nos usines, après qu'on a séparé le travail et despécialisé les activités, qu'on a insisté sur la technologie, l'ingénieurie, foutu loin le travail séparé, qu'on a fait de l'Europe, le modèle, géographiquement éclaté, de l'usine des années soixantes (division "penseur"-ingénieur-ouvrier qualifié-ouvrier masse), en séparant géographiquement, dans la distance physique, ce qui était physiquement réel dans les zones de production (Peugeot/Fiat, ...) dans les moments les plus rudes des Beautés privées de la reconstruction post-guerre. La victoire du capital était totale bien avant 89, Maastricht confirmant la stratégie.

En 69, le discours de la lutte et les possibilités du capitalisme, du moins en Italie, se trouvait quasiment au même niveau.
Aujourd'hui, le Patronat a 30 ans d'avance.


 Et nous l'avons plus écouté. Le Hoummous était prêt et nous avions de la bonne coke.
Pauvre type, il parlait tout seul. Par pitié, je lui ai servi un autre Gin Tonic.


On entendait de temps en temps des trucs du genre...

Personne ne comprends qu'il a aujourd'hui une nouvelle classe. Qu'il faut rattraper l'ultra-libéralisme qui lui, n'a jamais abandonné la lutte.

La peur tient les CDI. La précarité tient les CDD. Ils acceptent tout. Il y a des entreprises qui n'engagent plus, elles t'offrent des contrats externalisés, 6 mois renouvelables pendant des années.D'autres qui t'offrent un contrat où elles prennent en charge les cotisations patronales mais où tu es payé à l'heure prestée et où tout les employés sont en concurrence. Il y a les stages, les stages prolongés. Il y a le chômage de masse accepté, défendu qui est l'armée de réserve du Medef et autres organisations patronales, il y a les gens à la rue et il y a les réfugiés qu'on accepte politiquement par mauvaise conscience et comme recrues éventuelles de l'armée de réserve.

Voilà la nouvelle classe.

Voilà celle qui ne sait pas qu'elle est une classe. Voilà la séparation entre col bleu et blanc, col tout court contre sans col, sans col contre "à la rue" et "réfugiés".


La nouvelle classe doit se savoir comme une classe. Elle doit se rappeler des luttes et savoir que ce que l'ouvrier a gagné sur l'Etat et le Patronat, ces deux entités l'ont récupéré au centuple.

Et avant tout, la nouvelle classe doit se parler. Doit se reconnaître.
La prochaine étape est la robotisation.

Soit des millions dans la rues, soit la guerre de guérilla, soit la société des micro-conseils.


Ce type glosait et glosait. Je venais de mettre Beyoncé . On s'amusait bien. Je l'ai foutu à la porte.









Lotta Continua!
















3.03.2017

La poésie est un langage clair/ 6 canettes d'amour






Danser c'est déjà ça
avec des canettes à tes pieds
Le petit t'aime
et grand maintenant, il t'aime.

Les messages ont du sexe
dans l'ennui
Si je te vois
ou désolé je peux pas


Moi j'aime les filles
qu'on paie
des arbres perdent les feuilles
et d'autres qui n'ont pas de feuilles


Les mots reviennent
c'est mignon, l'hirondelle
les chattes du printemps
n'ont pas le temps

Six canettes
sans message, le lac
a sa canne de Jeanne
et la bite panne.


Et tout reviendra
l'aube jolie
la merde
et l'amour nerd.







3.02.2017

La poésie est un langage clair/ La tenue de la lutte





L'oeil que je suis est un oeil.
Ce que je rends est un rendu.
 Tu pourrais être un treuil
Mais aujourd'hui comme hier il a plu.


Un câble, à la limite
une coalition gouvernementale
mais l'alcool sur la bite
Et ces drôles de ceintures anales

Mais bon il y a demain
Et puis il y a hier
les impôts et puis une main

La cerise sur le gâteau
quelques bières
On rejouera dans le préau

Ecriture/ La page blanche




Ecrire ce n'est pas passer le temps.

Il n'y a de pages blanches et d'angoisse que quand il n'y a rien. Non pas quand on pense à rien, mais lorsqu'on ne veut surtout pas penser à quelque chose.

Je ne parle pas des tacherons et des tacheronnes qui mouillent et bandent  de décliner facilement ou par nègres interposés, des zones lisibles et attendues. En cela, il n'y a pas de différence entre la bio de Nabila et le Goncourt.

Ecrire, c'est supporter le temps.

Le mal-être dans l'aisance de vivre donnera une aisance d'écrire sur des sujets qui nous feront dormir.
Le bien-être dans le mal-vivre fera pêcher des truites en Amérique.

Tout peut se terminer par une balle dans la tête quand nous sommes sérieux.

Mais cette balle, c'est l'avortement à vouloir se vivre dans les mots, cet arrêt du mot qui fait un arrêt à la vie.

Ecrire c'est se comporter avec la vie.

C'est un "par défaut" qui devient un "tu es tout".

La page blanche, ce n'est pas la structure. C'est l'innocence qui pense qu'il existe une ligne pré-dite ou c'est la vie morte de se résigner à ne pas en vouloir de la vie.















Cinéma/ Sur "Jaures" de Dieutre






Les films de pd parlent d'amour. Souvent bien mieux que les films d'hétéro.

Simon n'est pas là, mais il est toujours là. Simon, dans ce film, est pris par derrière. On ne le voit. Il ne sait pas qu'on le voit, qu'il est lu et entendu, aimé sans que, ni lui ni Dieutre, ne se le disent.

Dieutre aime. Et sa pudeur à le dire, l'impudise à le montrer.

"Jaures" est une splendide lettre à l'être aimé qui n'en a rien à foutre du reste.

Il utilise le tiers-cinéma et le défausse dans sa peine à lui. Il trahit en sublimant un genre.

Un cinéaste ne filme pas par hasard. Sinon, c'est un touriste. Une année de prise d'images, dans un angle voulu, déterminé, construit, mais s'il peut arguer que c(s)es images étaient prises sans idée derrière la tête, ce n'est pas innocent.

Le film commence sur un cadre construit, des fenêtres volées sur l'immeuble d'en face, du bleu, du rouge, du jaune, dézoome sur un plan général fade pour mettre en évidence les voix off.

Les cadres qui constituent le film, sont des cadres de caméra de surveillances. Fixe, flic, fade, un neutre à composer dans le commentaire.

Des zooms et des serrés de feuilles d'arbres pour couper les séquences. Les feuilles qui semblent perdurer d'une saison l'autre (arbre triste qui ne meurt pas l'automne et ne revivent pas le printemps) sont, à la passion d'un amour qui ne s'engage pas, l'image de l'ennui d'une pauvre tendresse urbaine et celle de la frustration de pas être pregnant dans la seule vie vibrante et bourgeoisement adorée de Simon dans sa maison de campagne.

Dieutre est dégueulasse parce qu'il montre les visages, les habitudes, les réalités de ces "petits afghans" vivants sous le ponts ou sur les berges pour se préserver de montrer les images de son amour et de son amant. Il protège celui-ci en prostituant ceux-là. Le seul lieu qui n'est pas filmé par la police ce sont les bureaux de la police.

L'amour est inconditionnel et n'a pas de limite. Cette lettre est splendide et abjecte à la hauteur de sa splendeur.

Poser un film comme une partie d'un manifeste esthétique et politique, c'est vitale. Echouer dans les deux par indécence et égo-trip serait dommage, juste dommage, si le cinéma, aujourd'hui, n'avait pas radicalement besoin de cette forme.

 Dieutre se gâche. Dans la comparaison qu'il fait entre sa perte, sa situation et celle des "petits Afghans, dans sa condescendance "parigote", c'est-à-dire détachée, pompeuse, auto-centrée, pédante.

On en oublierait la beauté du montage son.

 Heureusement, il y a Cavalier, entre autre, pour nous donner la puissance du tiers-cinéma, conscient (ouvert sur un intime universel) et doux (utilisant des métaphores et comparaisons qui n'ont pas besoin de violer ce qu'il y a derrière la fenêtre pour se faire un discours).

Mais dans la pauvresse du cinéma, il doit, absolument, être vu, ne serait-ce que pour, via le tiers-cinéma, faire quelque chose de juste.





















2.28.2017

Ecriture/ En quoi nous sommes ensemble





Les thématiques que nous engageons sont diverses. Quelle belle conne de phrase.
Il y a des thématiques liées, qui se rejoignent. Nous pouvons alors, presque parler d'une "époque" ou d'une "génération".

Les groupes décrits, lorsque nous parlons de groupes, sont tenus entre eux par des solitudes (ou, parlons la langue de l'époque, des "individualités") qui se tiennent par défaut, par nécessité, par rapport à une autre solitude ou en attente de disparition.

Les individus décrits, sont seuls, agrippés par le quotidien ou par un ou des autre(s), lâchés ou abandonnés et en recherche d'un ou d'une autre lâchée et/ou abandonnée.

Le cadre général (le monde, la société) est soit super décrit dans des détails qui le résument à un bus, des courses aux supermarché, des courses dans un nightshop, des soirées quelque part, ...
soit quasiment absent.

Les interactions sociales (amicales, amoureuse, parentales) se font par messages, textos, sms, mails ou par des tentatives d'échanges réels plus ou moins entravés, plus ou moins avortés.

La vie concrète est majoritairement urbaine, les lieux d'échange ou d'absence d'échange, majoritairement clos et clos par des murs, plus ou moins décorés.

Le temps décrit est speed ou très lent mais subit plutôt que récupéré.

La nourriture est en général cuisinée (là où se retrouve une certaine forme commune de récupération de l'espace social, du temps, de l'idée de qualité sur l'idée de quantité, tout en restant dépendante d'une question de réalisme qu'on appelle aujourd'hui "pouvoir d'achat").



Nous n'avons pas les mêmes âges. Nous n'avons pas les mêmes passifs. Nous ne venons pas des mêmes classes sociales ( si si, les classes existent encore). Nous n'avons pas effectué les mêmes expériences et nous n'avons pas les mêmes attentes pour la suite ou le reste de nos vies.


Mais nous avons une ombre commune, un écho qui nous sous-tend.
Nous sommes seul(e)s dans un monde étranger (et nous aimons mangé bien et ensemble).










Ecriture/ Pourquoi tant de mots, Mathias?






Dans un texte en cours, après des kilomètres de mots, j'écrivais "pourquoi faut-il tant de mots pour exprimer une idée clair?".

Le protagoniste répondait à un juge d'instruction dans une affaire de meurtre par amour.

Lorsqu'on me pose une question, étudiant, professeur, patron, ami, amour, j'ai dans ma tête, nourri dans la marche, toujours une réponse clair, évidente, simple. Quelques mots. Une ou deux phrases.

Dans ma tête, au cours de ces marches, je pars du principe, qu'en face de moi, la personne sera apte à comprendre. Facilement. Directement.

Je pense qu'elle sait, qu'elle me connaît, qu'elle a pris le temps de me connaître, qu'elle est curieuse et impliquée, qu'elle a une éducation, philosophique, sociologique, amoureuse et politique, qu'elle a de l'empathie, de la sympathie, une capacité, c'est-à-dire, un temps d'écoute, un désir d'écoute, une volonté et une tendresse d'écoute.

Dans ma tête, ces présupposés sont évidents.

Dans le dialogue réel, les premières phrases hésitent. Elles ont juste besoin de tous les critères pré-dits et d'un peu de temps.

Dans la réalité, la simplicité s'arrête.

Mon évidence est grise et essaie de transmettre le gris en mots simples.

En face, en général, dans la nécessité sociale d'interagir entre nous, étudiants, professeurs, patrons, amis, amours,
dans la nécessité de l'autre de résoudre les problème et/ou de se résoudre dans les problèmes,
la simplicité doit être noire ou blanche.

Alors, je m'embrouille. Je rajoute des mots qui n'ont pas le temps d'aller à terme. Et qui, coupés dans le dialogue, demandent un autre noir, un autre blanc,
qui deviennent pour moi, un autre gris.

 La clarté présuppose une éducation. Un savoir. Elle présuppose un temps et un rythme doux. Elle présuppose une empathie, alors une attention.


Je ne peux pas écrire "je t'ai tué parce que je t'aime" qui serait la longueur idéal de mon roman, parce qu'il n'y a rien, dans le groupe social, qui me le permette.











2.23.2017

La révolution c'est pour Macron et Le Pen/ Manifeste pour ailleurs



L'histoire politique a montré et démontré la victoire totale du capitalisme. L'échec aurait pu commencer dans les années 40 avec la "Svoglia di Salente" et la compromission du PC italien avec les partis d'Etat. Ou le choix hallucinant de Mitterand comme image du socialisme. On pourrait rigoler sur la social-démocratie européenne et des léchages de bites de Jospin, Blair ou Schröder. Jusqu'au fascisme libéral affiché de Hollande et son commis Valls.

Mais comme on s'en fout et trahi pour trahi, nous ne voterons plus jamais, amusons-nous à foutre le caca dans la méthodologie spongieuse et rance des gentils de notre époque.

Nous ne pouvons pas tuer, à peine blesser. La répression attend son sang.

Ce qu'il nous reste, ce sont les belles journées de printemps et le cancer à ronger le confort de la classe victorieuse.

Oui, nous serons de douces et joyeuses, dansantes métastases. Le monde mourra vieux et riche, mais mal et seul.

Alors comment te ronger mignonne victoire?

Tu nous as récupéré et nous récupéreras. Tu connais la recette. Dans la maison, tu as pris le contrôle de la cuisine.

Marx se lit mal. Stirner pire encore.  Les abécédaires de la lutte sont des feuilles mortes.

Tu as posé, joli monde, trois règles pour m'atrophier à la vie.


La vitesse. Le court-terme. La mono-culture du beef-burger.


Nous réagirons donc ainsi :

Dans la vitesse que tu imposes à tes servants heureux de te servir, nous proposerons l'arrêt.
Dans le court-terme, nous ferons, en toi, germer des graines.
Dans la mono-culture du beef-burger, nous mangerons des fish-burgers.


Tu veux du théâtre, nous les avons fermés.
Tu veux du cinéma, nous te raconterons des histoires.
Tu veux des photos, regarde mon visage. Et je tourne le tiens, ton menton guidé, regarde, c'est là.
Tu veux un livre? Non, tu ne veux plus de livres.
Tu veux une pause publicitaire? Nous avons des sexes, mange-les.



 Nous allons t'arrêter parce que tu cours.
Nous allons te faire rêver, parce que après demain, il y a après-demain.
Nous allons te proposer de manger ton temps.





Tu ne seras plus jamais tranquille. Et donc tu seras heureux.